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Régulièrement depuis notre arrivée, nous entendons le chant d'un pivert, cette fois, nous avons observé son vol ondulé à quelques mètres.

Je fais signe à Arnaud de ne plus faire de bruit car nous approchons des traces de castor. Rien dehors, nous ne gênons pas les lieux. Je repère des sillons dessinés dans le sable par des végétaux qu'il a traîné jusque dans l'eau.

Sur le printemps et l'été, le castor préfère les plantes tendres, l'armoise ou les jeunes pousses de saule osier ont sa faveur ; il joue d'ailleurs un rôle dans l'entretien de la ripisilve, taillant régulièrement les saules des abords immédiats de l'eau, il évite que les arbres de plus de deux mètres ne prennent place à ces endroits. L'automne venue, les orages font sortir les rivières de leur lit. Les secteurs où les castors sont absents présentent des bouquets d'arbres qui n'ont pas été coupés. Les crues amassent rapidement des tonnes de galets qui modifient le cour de la rivière.

C'est en automne et en hiver que les castors s'attaquent au gros arbres, lorsque le reste a été coupé.
Nous entendons des tourterelle chanter dans un peuplier derrière nous.

Un pic vient encore de passer en rasemotte au dessus de nos têtes. Il me semble qu'il ressemblait à un pic épeiche. A travers les branches, je le vois traverser la rivière et se poser sur un arbre de l'autre rive. Nous marchons doucement dans sa direction en prenant soin de rester hors de sa vue. En progressant, nous le voyons s'envoler. Je choisis un endroit abrité et nous nous asseyons sur les galets.

Cette fois, nous installons le matériel car nous allons rester sur place un moment.

Arnaud s'affaire à placer son trépied d'applomb pour disposer d'une utilisation facile de la longue-vue. Les pieds photo traditionnels sont conçus pour travailler sur un sol plat ; jusque là pas de problème avec les têtes courantes, les déplacement horizontaux et verticaux suffisent. Mais dès qu'on se trouve en extérieur, on a à faire avec toutes sortes de terrains. Souvent en pente, fréquemment irréguliers, comportant des trous ou des bosses à l'endroit même où l'on aurait aimé s'installer. Il est souhaitable dans ce cas de disposer d'un modèle où chaque pied est indépendant des deux autres, cela permets de s'installer dans n'importe quel aspérité. La mise à niveau de l'appareil peut être rattrapée en remplaçant la tête habituelle par une rotule orientable en tous sens. J'ai opté pour un système d'attache rapide. Une plaque métallique reste à demeure sur le boitier ou l'objectif concerné, la fixation sur le trépied est réalisée par simple encliquetage de la plaque. Cela évite de visser et dévissser vingt fois par jour, ce qui cause énervement et perte de temps. Dernier point ; le poids du trépied. Il dépendra de la stabilité du matériel ainsi que du matériel qu'on lui demandera de lui faire supporter. U%n modèle d'un kilo ne sera d'aucune utilité pour soutenir un boitier en pesant trois ou quatre. Les possibilités du même trépied seront encore réduites si le terrain est en pente. J'utilise un modèle qui pèse trois kilos et demi.

Déjà, Arnaud scrute le paysage à travers sa longue vue. Nous reconnaissons à nouveau le chant du pivert venant des arbres sur la droite. Quelques secondes plus tard, je la vois voler dans notre direction. Le déplacement des pics est particulier, leur vol ne s'oublie pas dès qu'on l'a observé trois ou quatre fois. Maintenant, il chante dans notre dos. Sa mélodie alarmante est mélée à celle plus connue des trouterelles. De très loin, je reconnais maintenant le cri perçant du martin pêcheur. L'instant suivant, l'éclair bleu frôle la surface de l'eau pour s'arrêter sur une grosse branche tombée dépassant de la berge. Le martin pêcheur attend qu'un petit poisson passe sous son perchoir ; alors il se laisse tomber dans une gerbe d'eau pour en ressortir juste après. Il tente deux fois de suite de plonger, sans résultat, ce qui le décide à poursuivre sa chasse ailleurs. En s'accompagnant de petits cris aigus, il file plus loin en quête d'un autre perchoir.

Toutes ces observations sont entrecoupées des passages des milans noir et des hérons, les allées et venues du pivert qui se rend d'un côté à l'autre de la rivière ; un pic épeiche est même venu chercher pitance à la fourche d'un arbre juste en face de nous. Le soleil a salué ce spectable et le jour laisse doucement place à la nuit.

Alors que le crépuscule nous empèche de distinguer clairement ce qui se passe au loin, des formes mi-hirondelle mi-faucon volent à quelques mètres au dessus de l'eau et à 200 ou 300 mètres du lieu où nous sommes. Arnaud prend les jumelles, il pense qu'il s'agit de faucons. Un peu à la fois, ils se rapprochent. %Ils étaient deux, les voila maintenant quatre. De petits faucons effectuant des vols ondulant, entrecoupés de poursuites probablement pour la capture d'insectes, il s'agit de faucon hobereau. Ils disparaissent derrières les arbres pour réapparaitre quelques minutes après, un peu plus proches. Iles sont maintenant à 150 mètres. Soudain, l'un d'eux vient se poser sur une branche dépourvue de feuilles face à nous, de l'autre côté de la rivière. Arnaud le saisit de suite dans le cercle grossisseur de la longue vue. L'oiseau se détache parfaitement sur le fond de ciel encore un peu clair. Nous parvenons juste à deviner les couleurs. Après que nous l'ayons détaillé, le petit rapace reprend son envol pour retrouver ses semblables et effectuer avec eux ses accrobaties aériennes. Ils sont maintenant six à présenter un spectacle dont nous sommes les deux seuls spectateurs.

Le vol dessine une vague accentuée. Dans sa partie accendante, l'oiseau donne quelques battements d'ailes, il cesse arrivé à son sommet et se laisse ensuite glisser en relachant les pattes qui pendent sous son corps. Lorsqu'ils sont par deux, il semble qu'ils tentent de s'attrapper. Ce balet merveilleux durera une heure et demie sans que nous nous en lassions. La nuit devenue vraiment sombre nous fait signe de rentrer, nous les avons laissé sur ce coin de rivière qui est le leur.

Ce soit j'ai observé des scènes intéressantes sans avoir fait de photos. Le travail de photographe requiert aussi une grande part d'observations ; fréquemment le matériel rentre à la maison sans que la valise ait été ouverte...